Du 1er au 29 mars 2026
« Le prochain : le lieu où Dieu nous attend »
Au cours du Carême, l’Église nous propose toujours trois chemins : la prière, le jeûne et l’aumône. Jésus lui-même en parle dans l’Évangile : « Quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite » (Mt 6,3). Ce conseil montre que l’aumône n’est pas un geste extérieur destiné à être remarqué, mais un acte intérieur qui transforme le cœur. Le Carême n’est donc pas seulement un temps pour corriger nos défauts personnels ; il est un temps pour apprendre à aimer davantage. Nous vivons souvent entourés de monde mais intérieurement isolés. Pris par nos occupations, nos écrans…nous passons à côté des personnes sans vraiment les rencontrer. Le Carême vient alors réveiller notre regard et nous apprendre à voir autrement ceux qui nous entourent.
Dans la Bible, l’aumône ne se limite pas à une question d’argent. Elle est d’abord un acte de miséricorde. Le livre de Tobie affirme : « L’aumône délivre de la mort et elle purifie de tout péché » (Tb 12,9). Cette parole peut surprendre, mais elle signifie que le partage combat ce qui ferme le cœur humain : l’indifférence et l’égoïsme. Donner, ce n’est pas simplement offrir quelque chose que l’on possède ; c’est reconnaître la dignité de celui que l’on rencontre. Le Catéchisme de l’Église catholique rappelle que « les œuvres de miséricorde sont des actions charitables par lesquelles nous venons en aide à notre prochain dans ses besoins corporels et spirituels » (CEC §2447). Ainsi, écouter, consoler, encourager ou pardonner font pleinement partie de l’aumône chrétienne.
L’Évangile va encore plus loin, car Jésus s’identifie lui-même à ceux qui ont besoin des autres. Dans la scène du jugement dernier, il déclare : « J’avais faim et vous m’avez donné à manger… Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,35-40). Cette parole change notre manière de voir le prochain. La personne fragile ou isolée n’est plus seulement quelqu’un à aider, mais un lieu de rencontre avec Dieu. Aimer concrètement devient déjà prier. Les premiers chrétiens l’avaient bien compris : on ne peut pas honorer le Christ dans l’Eucharistie sans reconnaître le Christ présent dans celui qui souffre. Le Carême nous apprend ainsi que la foi passe toujours par une relation vécue.
Nous pensons spontanément que l’aumône profite surtout à celui qui reçoit. Pourtant elle transforme d’abord celui qui donne. Saint Paul affirme : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Ac 20,35). En sortant de nous-mêmes, nous découvrons une liberté nouvelle. Peu à peu, nos inquiétudes diminuent et une paix intérieure apparaît. Le cœur humain n’est pas fait pour vivre refermé sur lui-même, mais pour la communion. Le pape François rappelait souvent que la charité chrétienne n’est pas seulement une solidarité sociale ; elle est une rencontre personnelle, un regard posé sur quelqu’un, une présence offerte gratuitement. L’aumône ouvre alors un espace où Dieu peut agir en nous.
Le Carême ne demande pas des actions extraordinaires mais des gestes vrais et accessibles à tous. Chacun peut poser un acte concret : prendre du temps pour une personne seule, renouer un dialogue abîmé, poser un pardon, rendre un service sans attendre de retour ou partager selon ses possibilités. Le prophète Isaïe résume admirablement le jeûne qui plaît à Dieu : « Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri… alors ta lumière jaillira comme l’aurore » (Is 58,7-8). Ce passage montre que la foi ne reste pas intérieure ; elle devient lumière pour les autres. Même un geste très simple peut devenir un signe de Dieu pour quelqu’un.
Enfin, l’aumône nous prépare à comprendre le mystère de Pâques. Jésus ne sauve pas le monde par des discours mais par le don total de sa vie. En donnant un peu de nous-mêmes, nous entrons déjà dans ce mouvement d’amour. Nous découvrons alors que la foi ne consiste pas seulement à parler à Dieu, mais à Lui permettre d’aimer les autres à travers nous. Le Carême devient ainsi un chemin de transformation réelle : notre regard change, notre cœur s’ouvre et nos relations se pacifient. Peu à peu, nous ne voyons plus seulement des inconnus autour de nous, mais des frères. Que ce mois de mars nous conduise vers cette joie intérieure et nous prépare à accueillir pleinement la lumière de Pâques.
Bon chemin de Carême à tous. Père Jean-Claude AYIVI BIDI, vicaire

